Nous étions 16 participants pour cette dernière randonnée de l’hiver au départ de Fontvieille. Depuis deux jours un puissant Mistral avait bien dégagé le ciel, mais avec ce vent la température était assez fraiche en ce début de matinée ! Après avoir traversé la petite commune réputée pour ses vieux moulins à vent, nous avons progressé à travers la garigue des collines chères à Alphonse Daudet, qui y a souvent planté le décor de ses célèbres « Lettres de mon moulin » en ces lieux.

Les textes en italique sont issus d’informations glanées sur Internet.

Fontvieille

Au cœur du Parc naturel régional des Alpilles, le village de Fontvieille vous attend blotti au creux de ses carrières de pierres blanches. Par son caractère authentique de village provençal, Fontvieille vous charmera par ses trésors anciens, témoins d’un savoir-faire ancestral. Les magnifiques paysages des collines douces et parfumées d’Alphonse Daudet invitent à la promenade et aux randonnées. Ce village porte le nom d’une discrète source d’eau située près de la Tour des Abbés et utilisée à la période romaine. « Fontvieille » est l’association du mot « font » qui, en Provençal, désigne une source ou une fontaine et le mot « vieille ». Laissez-vous conter Alphonse Daudet et ses « Lettres de mon Moulin », explorez les aqueducs romains de Barbegal, imaginez-vous puiser l’eau à la source d’antan…

Après quelques kilomètres parcourus en pente douce et nous être élevés d’une centaine de mètres nous avons atteint le point culminant de ce parcours en rejoignant la Via Aurélia (GR653A).

La Via Aurelia

De Menton  à Arles la Via Aurelia, également connue sous le nom de voie Aurélienne, a été construite en 241 av. J.-C. par le consul romain Caïus Aurelius Cotta et était à l’origine une route romaine qui reliait Rome à Luni en Italie, en suivant la côte tyrrhénienne. Au fil des conquêtes romaines, des tronçons supplémentaires ont été ajoutés à la route. Après sa victoire sur les peuples des Alpes-Maritimes, l’empereur Auguste a prolongé la voie en 13 av. J.-C., depuis Plaisance en Italie jusqu’à Arles sur le Rhône. À cette époque, la construction de la Via Aurelia revêtait une grande importance car elle permettait de raccourcir le trajet entre Rome et l’Hispanie. Elle continue de servir de lien vital pour la communication, le commerce et le pèlerinage en suivant les traces des anciens Romains, des pèlerins médiévaux et d’innombrables autres personnes qui ont voyagé le long de cette route historique.

Le cheminement sur cette antique voie romaine offre à cet endroit de magnifiques points de vue sur les paysages environnants, et par ce temps bien dégagé par le Mistral on pouvait même apercevoir à l’horizon le scintillement de la mer Méditerranée ! En redescendant vers la plaine notre parcours a rejoint les berges verdoyantes du canal d’irrigation de la vallée des Baux, que nous avons longé pendant de nombreux kilomètres.

Le canal de la Vallée des Baux

La construction du Canal d’Irrigation de la Vallée des Baux, achevée en 1914, a transformé le territoire des Communes d’Aureille, Mouriès, Maussane-les-Alpilles, Paradou, Fontvieille et d’une partie de Tarascon, en menant dans cette région l’eau de la Durance et en permettant la mise à l’irrigation de terrains autrefois arides, devenus depuis une source de richesse. Le Canal de la Vallée des Baux a généré depuis sa création les paysages que nous connaissons aujourd’hui dans les Alpilles.

Puis nous sommes arrivés à l’entrée du charmant petit village du Paradou, où nous avons pu admirer au passage de somptueuses demeures !

Le Paradou

Le Paradou est un petit village situé entre Fontvieille et Maussane-les-Alpilles au pied de la chaîne des Alpilles. Ce village tient son nom de l’appellation des moulins à parer de la rivière Arcoule. Son nom d’autrefois était Saint-Martin-de-Castillon, faisant référence au site des Tours de Castillon. Un « paradou » est, en provençal, un moulin à foulon actionné par un moteur hydraulique qui servait à battre la laine tissée. Une promenade sur les chemins vous fera découvrir les oratoires, les beaux mas et la chaîne de la Pène dominée par les Tours de Castillon.

Après avoir traversé le village nous avons repris notre progression le long du canal de la vallée des Baux, et il était un peu plus de midi quand nous avons fait la pause repas, un déjeuner dans l’herbe à l’abri du Mistral bien réchauffé par les rayons d’un soleil radieux.

Après le repas nous avons encore longé le canal sur quelques kilomètres puis nous en sommes éloignés pour rejoindre une vaste prairie bien verdie par les nombreuses pluies de ces dernières semaines. Nous avons quitté cette plaine luxuriante au niveau d’un étonnant vestige romain, la meunerie de Barbegal.

La meunerie de Narbegal

Site mondialement connu situé en limite sud du massif, les moulins de Barbegal sont le monument hydraulique antique le plus important des Alpilles qui permettait de fabriquer jusqu’à 4.5 tonnes de farine par jour pour les habitants d’Arelate (Arles).Ce complexe était alimenté par l’aqueduc Sud qui parcourait près de 20 kilomètres depuis Les Baux et Le Paradou le long des Alpilles jusqu’au Vallon des Arcs sur le site de Barbegal. L’aqueduc Nord partait de l’Est de Saint-Rémy et parcourait près de 50 kilomètres pour alimenter la ville d’Arelate en eau.

En amont de cet antique édifice nous avons longé les ruines de l’aqueduc qui l’alimentait, où un ambitieux chantier de restauration devrait débuter prochainement. Encore quelques kilomètres puis nous avons atteint le site des moulins de Fontvieille, dont le célèbre « Moulin de Daudet », malheureusement fermé à cette époque (les visites reprennent à partir du mois d’avril).

En 1869, Alphonse Daudet publiait son recueil de nouvelles intitulé « Lettres de mon moulin ». Ses histoires sont inspirées par le Moulin Ribet, aussi appelé Moulin Saint-Pierre, situé à Fontvieille et par les rencontres qu’il fait à l’époque. En 1814, le Moulin Saint-Pierre est construit afin de broyer le blé. Ce moulin à vent tient son rôle pendant un siècle, jusqu’au début de la Grande Guerre. Le blé et les hommes sont alors réquisitionnés par l’armée. Cela signe l’arrêt du dernier moulin encore actif de Fontvieille. Pour décrire le bâtiment, Daudet écrit : « Une ruine ce moulin ; un débris croulant de pierres et de vieilles planches, qu’on n’avait pas mis au vent depuis des années et qui gisait, inutile comme un poète, alors que tout autour sur la côte la meunerie prospérait et virait à toutes ailes. ». En 1931, le Moulin Daudet est classé Monument historique en souvenir d’Alphonse Daudet qui s’en était inspiré pour rédiger ses nouvelles. Le moulin est remis en état en 1935 grâce à l’association « Amis d’Alphonse Daudet » qui souhaite créer un musée dédié aux œuvres et aux souvenirs de l’auteur et de ses Lettres de mon moulin. Dans les années 2000, le bail de la mairie arrive à son terme et le propriétaire décide de fermer l’accès au moulin afin de le rénover. En 2016, les travaux sont achevés et le moulin à vent rouvre ses portes aux visiteurs.

Après avoir longé deux autres moulins bien restaurés, notre périple nous a ramené à Fontvieille où nous sommes arrivés vers 15h30 après avoir parcouru un peu plus de 20 kilomètres et grimpé environ 220 mètres de dénivelé. C’est sur la terrasse bien ensoleillée d’un café du village que nous avons terminé cette belle journée, attablés autour du verre de l’amitié avant de nous quitter. Comme toujours merci à Annette d’avoir organisé cette superbe randonnée !

Philippe Denize